—Voilà ce que je reçois de Costeclar, dit-il d'une voix rauque. Lis.
Elle lut:
«Permettez-moi, cher ami, de vous rendre votre parole. Par suite de circonstances absolument indépendantes de ma volonté, je me vois contraint de renoncer à l'honneur d'entrer dans votre famille.»
Qu'était-il arrivé?
Debout, au milieu du salon, le caissier du Crédit mutuel tenait, courbés sous son regard, sa femme et ses enfants, Mme Favoral toute frissonnante, Maxence, dont la stupeur écarquillait les yeux, et Mlle Gilberte, qui n'avait pas trop de toute sa volonté pour comprimer l'explosion d'une joie immense.
Tout, en M. Favoral, cependant, trahissait bien plus l'effarement d'un désastre que la rage d'une déception.
Jamais sa famille ne l'avait vu ainsi, blême, la cravate dénouée, les cheveux collés aux tempes par la sueur...
—M'expliquerez-vous cette lettre? demanda-t-il enfin.
Et comme personne ne répondait, il la reprit, cette lettre, sur la table ou Mlle Gilberte l'avait posée, et il se mit à la relire, scandant chaque syllabe, comme s'il eût espéré découvrir à chaque mot une signification cachée.
—Qu'avez-vous dit à Costeclar, reprit-il, que lui avez-vous fait pour lui inspirer une telle détermination?