—Rien, répondirent Maxence et Mlle Gilberte.
L'espoir d'être enfin délivrée de cet homme donnait presque du courage à Mme Favoral.
—Il a sans doute compris, fit-elle timidement, qu'il ne triompherait pas des répugnances de notre fille...
Mais son mari l'interrompit.
—Non! prononça-t-il. Costeclar n'est pas un garçon à se préoccuper des caprices ridicules d'une petite fille. Il y a autre chose, mais quoi? Voyons, si vous le savez, les uns ou les autres, si vous le soupçonnez seulement, dites, parlez!... Vous devez bien voir que mon anxiété est affreuse.
C'était la première fois qu'il laissait ainsi paraître quelque chose de ce qui se passait en lui; la première fois qu'il se plaignait.
—Il n'y a que M. Costeclar, mon père, dit Mlle Gilberte, qui puisse vous donner les explications que vous nous demandez.
D'un geste découragé, le caissier du Crédit mutuel branlait la tête.
—Crois-tu donc, répondit-il, que je ne l'ai pas déjà interrogé? C'est en arrivant au bureau, ce matin, que j'ai trouvé sa lettre. Aussitôt, j'ai couru chez lui, rue Vivienne. Il venait de sortir, et c'est en vain que je suis allé le demander chez Jottras et au Pilote financier. Ce n'est qu'à la Bourse, après trois heures de courses, que je l'ai rejoint. Mais je n'ai obtenu de lui que des réponses évasives et des explications qui n'en sont pas. Parbleu! il n'a pas manqué de me dire que, s'il se retire, c'est qu'il est désespéré des rigueurs de Gilberte.
Mais ce n'est pas vrai, je le sais, j'en suis sûr, je l'ai lu dans ses yeux. Deux fois il a remué les lèvres comme pour tout avouer... et puis, rien, il s'est tu. Et plus j'insistais, et plus il me semblait mal à l'aise, embarrassé, inquiet, ému; plus il me faisait l'effet d'un homme sous le coup de menaces qu'il n'ose pas braver...