Mais cette explication ne le contentait pas plus qu'elle ne satisfaisait sa mère. Lui aussi, il se sentait le cœur serré par l'appréhension vague de quelque malheur. Mais lequel? Tous les éléments faisaient défaut à ses conjectures. Non plus que sa mère, il ne savait rien des affaires du caissier du Crédit mutuel, de ses relations, de ses intérêts, de sa vie même, hors de la maison.
Et la mère et le fils se perdaient en suppositions aussi vaines que s'ils eussent cherché la solution d'un problème sans en posséder les termes.
D'un mot, Mlle Gilberte eût pu, croyait-elle, les éclairer.
A la sûreté du coup, à la foudroyante promptitude du résultat, elle pensait reconnaître Marius de Trégars.
Elle reconnaissait l'homme qui ne parle pas, qui agit.
Informé de ce qui se passait, il était allé droit à M. Costeclar, et de gré, ou de force, il lui avait arraché la promesse de se retirer d'abord, puis le serment de garder le secret du motif de sa retraite.
Et l'orgueil de la jeune fille se délectait de cette victoire, de cette preuve d'énergie puissante de l'homme qu'à l'insu de tous elle avait choisi. Elle se plaisait à se représenter Marius de Trégars et M. Costeclar en présence, l'un impérieux et hautain, autant qu'elle l'avait vu tremblant et ému, l'autre plus humble encore qu'il n'était arrogant près d'elle.
—Ce qui est sûr, se répétait-elle, c'est que je suis sauvée!
Et elle eût voulu être au lendemain, pour annoncer son bonheur au très-involontaire et très-inconscient complice de Marius, le digne maëstro Gismondo Pulci.
Le lendemain, M. Favoral semblait avoir pris son parti de l'écroulement de ses projets, et le samedi suivant, c'est du ton de la plaisanterie qu'il racontait que Mlle Gilberte l'emportait et qu'elle avait trouvé le moyen de congédier son amoureux.