Mais si on l'observait attentivement, on découvrait en lui les symptômes de soucis dévorants. Des rides profondes se creusaient le long de ses tempes, ses yeux se cernaient; une continuelle tension d'esprit contractait ses traits. Souvent, pendant le dîner, il demeurait des minutes entières immobile, la fourchette en l'air, puis il murmurait:

—Comment cela va-t-il finir?

Parfois, le matin, avant son départ pour le bureau, M. Jottras, de la maison Jottras et frère, et M. Saint-Pavin, le directeur du Pilote financier, le venaient visiter. Ils s'enfermaient et restaient des heures en conférence, parlant si bas qu'on n'entendait même pas un vague murmure à travers la porte.

—Votre père a de graves sujets d'inquiétude, mes enfants, disait Mme Favoral, vous pouvez me croire, moi qui depuis vingt ans épie notre sort sur sa physionomie.

Mais les événements politiques suffisaient à expliquer toutes les inquiétudes.

On entrait dans la seconde semaine de juillet 1870, et les destinées de la France se jouaient comme aux dés entre quelques incapacités présomptueuses.

Était-ce la guerre avec la Prusse, ou la paix, qui allait sortir des complications d'une politique puérilement astucieuse?

Les bruits les plus contradictoires imprimaient chaque jour à la Bourse des oscillations furieuses, dont l'imprévu faisait crouler les fortunes les mieux assises. Quelques paroles prononcées dans un couloir par Émile Olivier avaient enrichi une douzaine de gros joueurs, mais en avaient ruiné cinq cents petits. De tous côtés, le crédit craquait.

Jusqu'à ce qu'un soir en rentrant:

—C'est décidé, dit M. Favoral, la guerre est déclarée.