Ce n'était que trop réel, et nul alors en France ne redoutait la guerre. On avait tant exalté l'armée française, on avait tant répété qu'elle était invincible, que nul, dans le public, ne mettait en doute une série de victoires foudroyantes.
Hélas! le premier télégramme qui parvint à Paris annonçait une défaite. On n'y voulait pas croire. Il fallut bien se rendre à l'évidence. Les soldats avaient su mourir, mais les chefs n'avaient pas su commander.
Et de ce moment, avec une rapidité vertigineuse, de jour en jour, d'heure en heure, plutôt, les nouvelles fatales se succédèrent.
Comme un fleuve qui rompt ses digues, la Prusse se ruait sur la France. Bazaine était cerné sous Metz, et la capitulation de Sedan mettait le comble à tant de désastres.
Enfin, le 4 septembre, la République fut proclamée.
Le 5, quand le signor Gismondo Pulci se présenta rue Saint-Gilles pour donner sa leçon, il avait la figure à ce point bouleversée, que Mlle Gilberte ne put s'empêcher de lui demander ce qu'il avait.
Il se dressa, sur cette question, et menaçant le ciel de son poing crispé:
—J'ai, répondit-il, que l'implacable fatalité ne se lasse pas de me persécuter! J'avais surmonté tous les obstacles, j'étais heureux, j'entrevoyais un avenir de fortune et de gloire, j'y touchais, l'affreuse guerre éclate!...
Pour le digne maëstro, l'épouvantable catastrophe n'était évidemment qu'un nouveau caprice de sa destinée, à lui.
—Que vous arrive-t-il? demanda la jeune fille réprimant un sourire.