—C'est impossible! Laissez-moi vous expliquer...

—Rien, ce serait perdre vos peines. Vous êtes et resterez toujours le même, et ce serait de la démence, à moi, que de faire admettre dans une administration où je jouis de l'estime de tous, un garçon qui, d'un jour à l'autre, fatalement, sera précipité dans la boue par quelque créature perdue.

De telles discussions n'étaient pas faites pour rendre plus cordiales les relations du père et du fils. A diverses reprises, M. Favoral avait donné à entendre que du moment où Maxence logeait dehors, il pourrait bien aussi y dîner. Et il lui eût signifié de le faire, évidemment, s'il n'eût été retenu par un reste de respect humain et la crainte du qu'en dira-t-on.

D'un autre côté, l'amer regret d'avoir peut-être gâté sa vie, l'incertitude de l'avenir, la gêne présente, toutes les convoitises inassouvies de la jeunesse, entretenaient Maxence dans un état de perpétuelle irritation.

Pour le calmer, l'excellente Mme Favoral s'épuisait en raisonnements.

—Ton père est dur pour nous, disait-elle, mais l'est-il moins pour lui-même? Il ne pardonne rien, mais il n'a jamais eu besoin d'être pardonné. Il ne comprend pas la jeunesse, mais jamais il n'a été jeune et il était à vingt ans aussi grave et aussi froid que tu le vois. Comment s'expliquerait-il le plaisir, lui à qui jamais l'idée n'est venue de prendre une heure de distraction?...

—Ai-je donc commis des crimes, pour être ainsi traité par mon père? s'écriait Maxence.

Et rouge de colère et serrant les poings:

—Notre existence, ici, n'est-elle pas inouïe? Toi, pauvre mère, tu n'as jamais eu la libre disposition de cent sous. Gilberte emploie ses journées à retourner ses robes après les avoir fait teindre. J'en suis réduit à une place d'expéditionnaire. Et mon père a cinquante mille livres de rentes!...

C'est à ce chiffre, en effet, que les plus modérés portaient la fortune de M. Favoral.