Si bas qu'il eût parlé, Mme Favoral l'entendit. Pour défendre son mari, elle retrouva un reste d'énergie, et se soulevant sur son fauteuil:
—Ah! n'en doutez pas! balbutia-t-elle. Livré à ses seules inspirations, jamais Vincent n'eût fait mal. Il a été circonvenu, entraîné, dupé!
—Soit, mais par qui?
—Par Costeclar! affirmait Mlle Gilberte.
—Par MM. Jottras, les banquiers, disait Mme Favoral, et aussi par M. Saint-Pavin, le rédacteur du Pilote financier.
—Eh! par tous, évidemment, interrompait Maxence, même par son directeur, M. de Thaller!
Lorsqu'on est au fond du précipice, à quoi bon savoir comment on y a roulé, si on a trébuché contre une pierre ou glissé sur une touffe d'herbe. C'est cependant toujours la plus ardente préoccupation.
C'est avec une âpre obstination que Mme Favoral et ses enfants remontaient le cours de leur existence, cherchant, dans le passé, les événements et jusqu'au moindre propos qui pouvaient éclairer leur désastre.
Car il était bien manifeste que ce n'était pas le même jour, et d'un coup, que douze millions avaient été détournés de la caisse du Crédit mutuel. Le déficit énorme avait dû, comme toujours, être creusé lentement, avec mille précautions, d'abord, tant qu'on avait la volonté et l'espoir de le combler, avec une audace furieuse, sur la fin, lorsque la catastrophe était devenue inévitable.
—Hélas! murmurait Mme Favoral, pourquoi Vincent n'a-t-il pas écouté mes pressentiments, ce jour à jamais maudit où il m'a amenés dîner M. de Thaller, M. Jottras et M. Saint-Pavin. Ils lui promettaient la fortune!...