—N'a-t-on pas dit que vous alliez épouser Mlle de Thaller?
Il se dressa brusquement:
—Jamais! s'écria-t-il, ce mariage n'a existé que dans la cervelle de M. de Thaller et de la baronne de Thaller, surtout. L'idée ridicule lui en est venue, parce que mon nom lui plaît, et qu'elle serait ravie de voir sa fille marquise de Trégars. Jamais elle ne m'en a ouvert la bouche, mais elle en a parlé de tous côtés, juste assez secrètement pour donner matière à un bon cancan de salon. Elle a été jusqu'à confier à plusieurs personnes de mes relations, le chiffre de la dot, pensant ainsi m'encourager... Autant qu'il était en moi, je vous avais mise en garde contre cette fausse nouvelle, par l'intermédiaire du signor Gismondo.
Peut-être, sans se l'avouer, Mlle Gilberte n'était-elle pas fâchée de l'explication, non plus que de la véhémence de Marius.
—Le signor Gismondo m'a délivrée de cruelles anxiétés, répondit-elle, mais j'avais tout d'abord soupçonné la vérité.
—Cependant...
—N'étais-je pas la confidente de vos espérances, ne savais-je pas quel but vous poursuivez? Je n'avais vu dans ces projets de mariage qu'un moyen de vous avancer dans l'intimité de M. de Thaller sans éveiller ses défiances...
M. de Trégars n'était pas homme à nier un fait vrai.
—Peut-être, en effet, dit-il, n'ai-je pas été étranger au désastre de M. Favoral. Et quand je m'exprime ainsi, je veux dire qu'il se peut que je l'aie avancé de quelques mois, de quelques jours seulement, peut-être, car il était inévitable, fatal. Quoiqu'il en soit, si j'avais pu me douter de ce qui en était, je me serais abstenu, Gilberte, je vous le jure; j'aurais renoncé à mes desseins plutôt que de m'exposer à atteindre votre père. Il n'y a pas à revenir sur ce qui a été fait. Mais si on ne peut pas réparer complétement le mal, on peut l'atténuer, peut-être...
Mlle Gilberte tressaillit.