Les parents avaient compris leur avantage, et que c'était là une occasion sans pareille d'en finir avec moi.
Gagnés d'avance, évidemment, les médecins déclarèrent à ma pauvre bienfaitrice que l'air de La Jonchère lui était fatal, et que son unique chance de salut était d'aller s'établir à Paris, chez un de ses neveux. On l'y porterait à bras, ajoutaient-ils, elle se rétablirait très-vite et elle irait ensuite consolider sa convalescence dans quelque ville du Midi.
Son premier mot fut pour moi. Elle ne voulait pas se séparer de moi, protestait-elle, et tenait absolument à m'emmener.
Ses neveux gravement lui représentèrent que c'était impossible, qu'il ne fallait pas songer à s'embarrasser de moi, que le plus simple était de me laisser à La Jonchère, et que d'ailleurs ils se chargeaient de me trouver une bonne condition.
La malade lutta longtemps, et avec un courage dont je ne l'aurais pas crue capable. Dix fois, en voyant ce qu'elle souffrait de ce cruel débat, je fus sur le point d'y mettre fin en m'enfuyant. L'amour-propre me retint, et non certes la cupidité.
Mais les autres l'obsédaient. Les médecins ne cessaient de lui répéter qu'ils ne répondaient de rien, si on ne suivait pas leurs avis. Elle avait peur de mourir...
Elle céda en pleurant...
Dès le matin, le lendemain, une sorte de litière portée par huit hommes s'arrêta devant la porte. Ma pauvre maîtresse y fut couchée, et on l'emporta, sans m'avoir permis de l'embrasser une dernière fois.
Deux heures après, la cuisinière et la femme de chambre étaient congédiées.
Quant à moi, le neveu qui avait promis de s'occuper de mon sort, me mit une pièce de vingt francs dans la main, en me disant: