—Voici vos huit jours; faites immédiatement un paquet de vos hardes, et filez!...

Il était bien difficile, il était impossible même, que Mlle Lucienne ne fut pas profondément émue, tandis qu'elle remuait ainsi les cendres de son passé. Il n'en paraissait rien, cependant, et c'est à peine si par moments on pouvait discerner une légère altération de sa voix.

Maxence, lui, eût vainement essayé de dissimuler l'intérêt passionné qu'il prenait à ces confidences inattendues, et à quel point elles le troublaient.

—N'avez-vous donc jamais revu votre bienfaitrice? interrogea-t-il.

—Jamais! répondit la jeune fille. Toutes mes démarches pour arriver jusqu'à elle ont été infructueuses. Elle n'habite plus Paris. Je lui ai écrit, mes lettres sont restées sans réponse. Lui sont-elles parvenues? Je ne le crois pas. Quelque chose me dit qu'elle ne m'a pas oubliée...

Pendant quelques minutes elle garda le silence, comme si elle eût essayé de ressaisir quelque chose des sensations qu'elle avait éprouvées au temps dont elle parlait. Puis:

—C'est ainsi, brutalement, reprit-elle, que je fus chassée. Prier eût été inutile, je le compris, et d'ailleurs je n'ai jamais su implorer personne.

Je me hâtai d'empiler dans deux malles et dans des cartons tout ce que je possédais, tout ce que je tenais de la générosité de ma pauvre maîtresse, et avant le moment fixé, j'étais prête.

Déjà la cuisinière et la femme de chambre s'étaient éloignées. L'homme qui me traitait si cruellement m'attendait.

Il m'aida à transporter dehors, sur la route, mes cartons et mes malles. Après quoi, les volets ayant été tirés, il ferma la porte à double tour et mit la clef dans sa poche.