Après un petit moment de réflexion:

—Tu ne peux pas rester là, reprit-elle, les gendarmes t'arrêteraient. Viens avec moi, nous nous consulterons à la maison et je te donnerai des conseils.

J'étais à une de ces heures d'effondrement où on est sans force comme sans volonté. A quoi bon réfléchir, d'ailleurs, et que vouloir! Avais-je à choisir entre les partis à prendre? Enfin, les offres de cette femme me paraissaient une dernière faveur de la destinée.

—Je ferai ce que vous voudrez, madame, lui dis-je.

Aussitôt, elle chargea mon petit bagage sur sa charrette; nous nous mîmes en route et nous ne tardâmes pas à arriver «chez elle.»

Ce qu'elle nommait ainsi, était une sorte de cave, plus basse d'un bon pied que la rue, éclairée uniquement par une porte vitrée où plusieurs carreaux cassés avaient été remplacés par du papier. La malpropreté y était révoltante, et la puanteur soulevait l'estomac. De tous côtés s'élevaient des tas de légumes, de choux, de pommes de terre et d'oignons. Dans un coin pourrissait un monceau de haillons sans nom qu'elle appelait son lit. Au milieu se dressait un petit poêle de fonte, dont le tuyau, rongé par la rouille, laissait échapper la fumée.

—Te voilà toujours un domicile, me dit-elle.

Je l'aidai à décharger sa charrette. Elle bourra le poêle de charbon de terre, et tout de suite, elle déclara qu'elle voulait passer l'inspection de mes nippes.

Mes malles furent ouvertes, et c'est avec des exclamations d'étonnement que la marchande des quatre saisons étalait et maniait mes robes, mes jupons, mes chemises, mes bas...

—Mâtin! ricanait-elle, tu te mettais bien!