Enragée de son sort, c'était pour elle comme une revanche que d'avoir à sa discrétion une pauvre jeune fille telle que moi, et elle prenait un détestable plaisir à m'accabler de mauvais traitements, ou à essayer de me salir l'imagination par les plus immondes propos...

Ah! si j'avais su comment fuir, et où me réfugier! Mais, abusant de mon ignorance de la vie, cette exécrable femme m'avait persuadé qu'au premier pas que je ferais seule, je serais arrêtée par la gendarmerie.

Et je ne voyais personne au monde à qui demander protection. Et je commençais à apprendre que la beauté, pour une pauvre fille, est un présent fatal...

Le temps passait, et je restais.

Petit à petit, l'atroce mégère avait vendu tout ce que je possédais, robes, linge, bijoux, et j'en étais réduite à des haillons presque aussi misérables que ceux d'autrefois, quand j'étais apprentie.

Chaque matin, par la pluie ou le vent, par le soleil ou la gelée, nous partions, roulant notre charrette, et nous nous en allions, criant nos légumes, tout le long de la Seine, depuis Courbevoie jusqu'à Port-Marly, dans les villages, et à la porte des maisons de campagne.

Je ne découvrais pas de fin à cette effroyable vie, quand un soir, le commissaire de police se présenta à notre taudis et nous commanda de le suivre.

Il nous conduisit en prison, et je me trouvai jetée au milieu d'une centaine de femmes, dont la figure, les paroles, les gestes, la colère ou la gaieté me faisaient peur.

La marchande des quatre saisons avait commis un vol, et j'étais accusée de complicité. Il me fut facile, heureusement, de démontrer mon innocence. Et, au bout de quinze jours, un geôlier m'ouvrit la porte, en me disant:

—Allez, vous êtes libre!