Et lorsque ce fils reparut au logis, l'oreille fort basse, son premier mouvement fut de recourir à la correction d'autrefois.

Mais Maxence venait d'avoir dix-neuf ans.

A la vue de la canne levée sur lui, il devint plus blanc que sa chemise, et l'arrachant des mains de son père, il la brisa sur son genou, en jeta violemment les morceaux à terre et s'élança dehors.

—Il ne remettra plus les pieds ici! s'écriait le caissier du Comptoir de crédit mutuel, jeté hors de lui par un acte de résistance qui lui semblait inouï. Je le chasse. Qu'on fasse un paquet de son linge et de ses habits et qu'on le porte au premier hôtel venu. Je ne veux plus le voir!...

Longtemps Mme Favoral et Mlle Gilberte se traînèrent à ses pieds, avant d'obtenir qu'il revînt sur sa détermination.

—Il nous déshonorera tous! répétait-il, ne comprenant pas que c'était lui qui avait, en quelque sorte, poussé Maxence dans la voie funeste où il était engagé, oubliant que les sévérités absurdes du père préparent les complaisances périlleuses de la mère; ne voulant pas s'avouer qu'un chef de famille a d'autres devoirs que de donner aux siens la pâtée et la niche, et qu'un père est mal venu à se plaindre qui n'a pas su se faire l'ami et le conseiller de son fils.

Enfin, après les plus violentes récriminations, il pardonna—en apparence du moins.

Mais les écailles lui étaient tombées des yeux. Il courut aux informations et découvrit des choses énormes.

Il sut par Me Chapelain, adroitement questionné, que Maxence restait des semaines entières sans paraître à l'étude. Si l'avoué ne s'était pas plaint jusqu'alors, c'est qu'il avait eu la bouche fermée par les supplications de Mme Favoral, et il n'était pas fâché, ajoutait-il, d'un aveu qui soulageait sa conscience.

Ainsi, le caissier surprit une à une toutes les fredaines de son fils. Il apprit qu'il était presque inconnu à l'École de Droit, qu'il passait ses journées dans les cafés, et que le soir, pendant qu'il le croyait endormi, il s'échappait pour courir les théâtres et les bals.