—Ah! c'est ainsi, se disait-il, ah! ma femme et mes enfants sont ligués contre moi, le maître!... Eh bien! nous verrons!

XI

De cet instant, la guerre fut déclarée.

De ce jour, commença rue Saint-Gilles un de ces drames bourgeois qui attendent encore leur Molière, drames d'une vulgarité désespérante et d'un affadissant réalisme, poignants néanmoins, car il s'y dépense une énergie farouche, des larmes et du sang.

M. Favoral se croyait bien sûr de l'emporter. N'avait-il pas la clef de la caisse! Car, tenir la clef de la caisse, c'est tenir la victoire à une époque où tout finit par de l'argent.

Cependant, d'irritantes inquiétudes le travaillaient.

Lui, qui venait d'éventer tant de choses qu'il ne soupçonnait même pas la veille, il ne pouvait découvrir où son fils puisait l'argent qu'il laissait glisser comme de l'eau entre ses mains prodigues.

Il s'était assuré que Maxence n'avait pas de dettes, pourtant ce ne pouvait pas être avec les vingt francs mensuels de Me Chapelain qu'il alimentait ses fredaines.

Mme Favoral et Mlle Gilberte, soumises séparément à un savant interrogatoire, avaient su garder le secret de leur labeur mercenaire. La servante, habilement questionnée, n'avait rien dit qui pût mettre sur la trace de la vérité.

Il y avait donc là un mystère. Et la constante préoccupation de M. Favoral se lisait dans le froncement de ses sourcils, pendant ses rares apparitions au logis, c'est-à-dire pendant le dîner.