Baissant le front il se taisait.
—S'il ne s'agissait que de moi, continua-t-elle, je ne te parlerais pas ainsi. Mais regarde notre mère. Vois ses pauvres yeux troublés et rougis par un labeur incessant! Si je me suis tue jusqu'à ce moment, c'est que je ne désespérais pas encore de ton cœur, c'est que j'espérais qu'à la fin la pudeur te reviendrait. Mais non, rien! Le temps n'a fait qu'effacer tes derniers scrupules. Tu demandais humblement jadis, maintenant tu exiges d'un ton rude. A quand les coups?...
—Gilberte! balbutiait le pauvre garçon, Gilberte...
Elle lui coupa la parole.
—De l'argent! poursuivit-elle. Toujours et sans trêve, il te faut de l'argent d'où qu'il vienne et quoi qu'il coûte!... Si, du moins, quelque sentiment avouable justifiait tes dépenses, si tu avais l'excuse de quelque grande passion ou d'un but, fût-il absurde, ardemment poursuivi!... Mais je te mets au défi de nous avouer à quels plaisirs avilissants tu prodigues nos pauvres économies. Je te défie de nous dire ce que tu veux faire de la somme que tu exiges ce soir, de cette somme pour laquelle tu voudrais que notre mère s'abaissât jusqu'à mendier l'assistance d'un fournisseur auquel il faudrait confier le secret de notre opprobre!...
Émue de l'humiliation affreuse de son fils:
—Il est si malheureux! balbutia Mme Favoral.
La jeune fille eut un geste indigné.
—Lui, malheureux! s'écria-t-elle. Que dirons-nous donc, nous, que direz-vous surtout, vous, ma mère! Malheureux, lui, un homme, qui a la liberté et la force, à qui le monde est ouvert à deux battants, qui peut tout entreprendre, tout tenter, tout oser! Ah! si j'étais un homme, moi! je serais un de ces hommes comme il en est, comme j'en connais, et il y a longtemps, ô mère chérie, que je t'aurais vengée de mon père et que j'aurais commencé à te payer de tout ce que tu as fait pour moi.
Mme Favoral sanglotait.