Trop grand était le désarroi de la pensée de Mlle Gilberte, pour qu'elle songeât à s'offenser de cette démarche étrange...
Elle se dressa toute frissonnante, et s'adressant à Mme Favoral:
—Viens, maman, dit-elle, viens, je sens que j'ai pris froid... Je veux rentrer... réfléchir... Demain, oui, demain, nous reviendrons!...
Si abîmée en ses méditations que fût Mme Favoral, et à mille lieues de la situation présente, il était impossible qu'elle ne remarquât pas le trouble affreux de sa fille, l'altération de ses traits et l'incohérence de ses paroles.
—Qu'as-tu? demanda-t-elle tout inquiète, que me dis-tu?
—Je me sens souffrante, répondit la jeune fille d'une voix à peine distincte, très souffrante... viens, rentrons!...
Elles s'éloignèrent, en effet, et à peine à la maison Mlle Gilberte se réfugia dans sa chambre. Elle avait hâte d'être seule, pour se ressaisir elle-même, pour rassembler ses idées, plus éparpillées que les feuilles sèches par un vent d'orage.
C'était un événement énorme qui venait de tomber soudainement dans sa vie si monotone et si calme, un événement inconcevable, inouï, et dont les conséquences devaient peser sur tout son avenir.
Étourdie encore, elle se demandait presque si elle n'était pas le jouet d'une hallucination, et si réellement il s'était trouvé un homme pour concevoir et exécuter ce projet audacieux, de venir, sous l'oeil de sa mère, lui dire son amour et lui demander en échange un engagement solennel.
Mais ce qui la stupéfiait bien plus encore, ce qui la confondait, c'était d'avoir enduré une telle tentative.