Quelle influence despotique subissait-elle donc! A quels sentiments indéfinissables avait-elle obéi!

Si encore elle n'eût fait que tolérer! Mais elle avait fait plus, elle avait encouragé. Retenir sa mère qui voulait rentrer, et elle l'avait retenue, n'était-ce pas dire à cet inconnu:

—Poursuivez, je le permets, j'écoute.

Il avait poursuivi, en effet.

Et elle, au moment de s'éloigner, elle s'était engagée formellement à réfléchir, et à revenir le lendemain à une heure convenue, rendre une réponse. Elle avait donné un rendez-vous, en un mot.

C'était à mourir de honte. Et comme si elle eût eu besoin du bruit de ses paroles pour se convaincre de la réalité du fait, elle se répétait à voix haute:

—J'ai donné un rendez-vous, moi, Gilberte, à un homme que mes parents ne connaissaient pas, et dont hier encore j'ignorais le nom!...

Pourtant, elle ne pouvait prendre sur elle de s'indigner de l'imprudente hardiesse de sa conduite. L'amertume des reproches qu'elle s'adressait n'était pas sincère. Et elle le sentait si bien, qu'à la fin:

—C'est une hypocrisie indigne de moi, s'écria-t-elle, puisque maintenant encore, et sans l'excuse de la surprise, je n'agirais pas autrement.

C'est que plus elle réfléchissait, moins elle parvenait à découvrir l'ombre seulement d'une intention offensante dans tout ce qu'avait dit Marius de Trégars. Par le choix de son confident: un vieillard, un ami de sa famille, un homme d'une haute honorabilité, il avait, autant qu'il était en lui, fait excuser la témérité de la démarche et sauvé le plus scabreux de la situation. Et il était impossible de douter de sa sincérité, de suspecter la loyauté de ses intentions.