Mme Favoral souriait.

—C'est tout un roman, dit-elle.

—Mais ce n'était pas un roman, dans mon rêve, interrompit vivement Mlle Gilberte... Ce jeune homme s'exprimait d'un accent de conviction si profonde, qu'il m'était comme impossible de douter de lui-même, je me disais qu'il serait incapable de cette odieuse lâcheté d'abuser de la crédulité confiante d'une pauvre fille...

—Et que lui as-tu répondu?...

En dérangeant presque imperceptiblement sa chaise, Mlle Gilberte pouvait, de l'angle de la paupière, apercevoir M. de Trégars. Evidemment, il ne perdait pas une des paroles qu'elle adressait à sa mère. Il était plus blanc qu'un linge, et son visage trahissait une affreuse anxiété.

Cela lui donna l'énergie de dompter les dernières révoltes de sa conscience.

—Répondre était pénible, prononça-t-elle, et cependant j'ai osé lui répondre. Je lui ai dit: «Je vous crois et j'ai foi en vous. Loyalement et fidèlement j'attendrai votre succès. Mais jusque-là, nous devons être l'un pour l'autre des étrangers. Ruser, tromper et mentir serait indigne de nous. Vous ne voudriez pas exposer à un soupçon celle qui doit être votre femme!»

—Très-bien! approuva Mme Favoral, seulement je ne te croyais pas si romanesque...

Elle riait, la bonne dame, mais non si haut que Mme Gilberte n'entendît la réponse de M. de Trégars.

—Comte de Villegré, disait-il, mon vieil ami, recevez le serment que je fais devant Dieu de consacrer ma vie à celle qui n'a pas douté de moi. Nous sommes aujourd'hui le 4 mai 1870; le 4 mai 1873, j'aurai réussi, je le sens, je le veux, il le faut...