—Ah! vous êtes le fils de Vincent Favoral, interrompit le juge, et c'est vous qui l'avez aidé à s'évader par une fenêtre.... J'allais aujourd'hui même vous adresser une assignation.... Puisque vous voici, tant mieux. Vous avez, m'a-t-on dit, une communication importante à me faire?
Très-peu de gens, même parmi les plus strictement honnêtes, peuvent se défendre d'un sentiment pénible lorsque, passant le seuil du Palais-de-Justice, ils se trouvent en présence d'un juge. Plus que tout autre, Maxence devait être accessible à ce sentiment de vague et inexplicable contrainte. Cependant faisant un effort:
—Samedi soir, répondit-il, quelques moments avant le commissaire de police, M. le baron de Thaller est venu à la maison. Après avoir accablé mon père de reproches, il l'a engagé à passer à l'étranger, et pour faciliter sa fuite, il lui a remis une somme assez importante, quinze mille francs....
Il avait tiré les billets de banque de sa poche, il les posa sur la table.
—Voici ces quinze mille francs, poursuivit-il. Mon père les a repoussés avec horreur, et avant de s'enfuir, il m'a bien recommandé de les restituer à M. de Thaller. J'ai pensé que mieux valait vous les rapporter, monsieur.
—Pourquoi?
—Parce que je tenais à ce que la justice sût que M. de Thaller avait offert cet argent, et que mon père l'avait refusé.
D'un geste qui lui était familier, M. Barban d'Avranchel caressait ses favoris d'un roux ardent, autrefois, maintenant presque blancs.
—Est-ce une insinuation à l'adresse du directeur du Crédit mutuel? fit-il.
Maxence ne baissa pas les yeux.