—M. Vincent?

—En personne naturelle, et qui marchait, qui marchait.... Sans faire semblant de rien, je ralentis le pas, et dès que nous arrivons à un endroit où il n'y avait presque plus de monde, le voilà qui se met à marcher à mes côtés....

Il avait dû se passer à ce moment quelque chose de comique que Mme Zélie ne disait pas, car elle riait du meilleur cœur, d'un rire sonore et franc....

—Donc il m'aborde, reprit-elle, et tout de suite il se met à m'expliquer que ma physionomie lui rappelle une personne qu'il aimait tendrement et qu'il vient d'avoir le malheur de perdre, ajoutant qu'il s'estimerait le plus heureux des hommes si je voulais lui permettre de s'occuper de moi et de m'assurer une position brillante....

—Voyez-vous, ce diable de Vincent! dit M. de Trégars, pour dire quelque chose.

Mme Zélie hochait la tête.

—Vous le connaissez, reprit-elle. Il n'est pas jeune, il n'est pas beau, il n'est pas drôle. Il ne me revenait pas du tout. Et si j'avais su seulement où aller coucher, je l'aurais envoyé promener, avec sa position brillante. Mais n'ayant pas même de quoi m'acheter un petit pain, ce n'était pas le moment de faire la renchérie. Je lui réponds donc que j'accepte. Il va chercher un fiacre, nous y montons et il nous fait conduire tout droit ici.

Positivement, il fallait à M. de Trégars toute sa puissance sur soi pour dissimuler l'intensité de sa curiosité.

—Cet hôtel était donc déjà ce qu'il est aujourd'hui? interrogea-t-il.

—Absolument. Sauf qu'il ne s'y trouvait en fait de domestiques que la femme de chambre, Amanda, qui est la confidente de M. Vincent. Tous les autres avaient été renvoyés, et c'était le palefrenier d'un manége des Champs-Elysées qui venait panser les chevaux....