Il est vrai que l'idée n'était pas de lui, et que même, il l'avait très-vivement repoussée, quand, pour la première fois, Mlle Lucienne la lui avait offerte.

—Être employé dans la même administration que mon père! s'était-il écrié. Retrouver à mon bureau le despotisme intolérable de la maison paternelle! J'aimerais mieux casser des pierres sur les chemins.

Mais la jeune fille n'était pas d'une trempe à renoncer aisément à un projet conçu par elle, et longuement médité.

Elle revint à la charge, avec cet art infini des femmes, qui s'entendent si merveilleusement à tourner la volonté qui, de front, leur résiste.

De quelque côté que se rejetât Maxence, il se trouva comme cerné par cette idée, qui sembla, dès lors, se dégager spontanément, et plus pressante chaque fois, des moindres incidents de l'existence quotidienne.

Qu'il lui échappât une plainte de la situation actuelle, ou qu'il s'oubliât à bâtir dans l'avenir quelque château en Espagne, la réponse de Mlle Lucienne était la même:

—Nous aurions tort de nous plaindre, car malgré l'exiguïté de nos ressources, notre position s'est améliorée... mais nous aurions tort également de nous bercer d'espérances riantes, car nos gains sont si modestes, qu'il nous faudra des années avant d'amasser le capital indispensable à la plus humble entreprise.

Conclusion: il faudrait chercher autre chose que cet emploi de chemin de fer qui ne rapporte que deux cents francs par mois....

Si dominé que fût Maxence, les continuelles attaques de la jeune fille ne pouvaient lui échapper.

—Ah ça! pensait-il, pourquoi, diable! tient-elle si fort à me voir, avec mon père, dans les bureaux de M. de Thaller?