Un silence embarrassant, pénible, devait suivre, et en effet, suivit le départ précipité de la baronne de Thaller.
Mlle Césarine s'était rapprochée de la cheminée, et elle s'y tenait accoudée, le front dans la main, toute palpitante et tout émue. Intimidée pour la première fois de sa vie, peut-être, elle détournait ses grands yeux d'un bleu pâle, comme si elle eût craint qu'on n'y vît passer l'ombre de ses pensées.
M. de Trégars, lui, demeurait à sa place, n'ayant pas trop de cette puissance sur soi que donne la longue habitude du monde, pour dissimuler ses impressions. S'il avait un ridicule, ce n'était pas la fatuité; mais Mlle de Thaller avait été trop explicite pour qu'il lui fût possible de douter.
Tout ce qu'elle avait dit se résumait en une phrase:
«Mes parents espéraient que je deviendrais votre femme, je vous avais assez bien jugé pour comprendre leur erreur.... Précisément parce que je vous aime, je me reconnais indigne de vous et je tiens à ce que vous sachiez que si vous m'aviez demandé ma main, à moi qui ai un million de dot, j'aurais cessé de vous estimer...»
Qu'un tel sentiment eût pu germer et éclore dans l'âme desséchée par la vanité et blasée par le plaisir de Mlle Césarine, c'était comme un miracle. C'était, en tous cas, une étonnante preuve d'amour qu'elle donnait, que de se montrer telle qu'elle était réellement, et Marius de Trégars n'eût pas été homme, s'il n'en eût pas été profondément remué.
Tout à coup:
—Quelle misérable je fais!... prononça-t-elle.
—Vous voulez dire malheureuse!... fit doucement M. de Trégars.
—Que devez-vous penser de ma sincérité? Vous la trouvez étrange, sans doute, impudente, grotesque....