Tous voulaient voir M. Favoral, prétendant qu'il devait être caché quelque part dans la maison, qu'ils le savaient de source sûre, et en se retirant, ils proféraient des injures grossières et toutes sortes de menaces.

Puis le papier timbré pleuvait.

La vieille portière, qui ne se fût pas dérangée pour une lettre pressée, retrouvait ses jambes de vingt ans pour monter les sommations que les huissiers apportaient par trois et quatre à l'heure.

Mme Favoral en perdait tout courage:

—Quelle honte!... gémissait-elle. Sera-ce donc toujours ainsi désormais!

Et elle s'épuisait en conjectures inutiles sur les causes de la catastrophe, cherchant dans le passé les indices qui eussent dû la prévenir et qu'elle n'avait pas discernés.

Car elle était superstitieuse, comme toutes les âmes faibles dont le malheur a brisé les ressorts et qui jamais n'ont essayé de réagir contre la destinée.

Elle rappelait que le mois d'avril lui avait de tout temps été funeste, et que c'était toujours un samedi qu'elle avait eu ses grands sujets d'affliction.

C'était un samedi qu'elle avait perdu sa mère, un samedi qu'elle avait été mariée, un samedi qu'elle avait vu M. de Thaller pour la première fois et que Vincent Favoral était entré au Crédit mutuel....

Tels étaient l'affaissement de son esprit et le désordre de sa pensée, qu'elle ne savait plus qu'espérer ni que craindre, et que d'une minute à l'autre elle souhaitait les choses les plus contradictoires.