Maxence bondit sur sa chaise.
C'était bien ce nom qu'il venait d'entendre prononcer pour la première fois par le commissaire de police.
—Trégars! répéta-t-il d'un ton d'immense étonnement.
—Oui, fit M. de Villegré. Le connaîtriez-vous?
—Non, monsieur, non!...
—Marius de Trégars est le fils du plus honnête homme que j'aie connu, du meilleur ami que j'aie eu, du marquis de Trégars, enfin, qui est mort, il y a quelques années, mort de chagrin à la suite... hum!... de revers de fortune tout à fait... broum!... inexplicables. Marius serait mon fils qu'il ne me serait pas plus cher. Il n'a plus de famille, je n'ai pas de parents, j'ai reporté sur lui tous les sentiments... affectueux qui restaient encore au fond de mon vieux cœur.
Et j'ose dire que jamais garçon ne fut plus digne d'être aimé. Je le connais: à la plus haute fierté, à une loyauté supérieure, à une loyauté incapable d'une transaction, il joint un esprit souple et délié, une rare finesse, et tout autant de savoir-faire qu'il en faut pour battre les gredins les plus retors. Il n'a pas de fortune par la raison qu'il a... hum!... un peu légèrement abandonné tout ce qu'il possédait, à de soi-disant créanciers de son père. Mais quand il voudra être riche, il le sera, et même... broum!... il est possible qu'il le soit avant peu... je sais ses projets, ses espérances, ses ressources.
Mais comme s'il eût reconnu qu'il s'aventurait sur un terrain dangereux, le comte de Villegré s'arrêta court....
Et après un moment employé à reprendre haleine:
—Bref, continua-t-il, Marius n'a pu voir Mlle Gilberte et apprécier les rares qualités de son cœur et de son esprit sans l'aimer éperdument....