Mme Favoral eut un geste de protestation.
—Permettez, monsieur... commença-t-elle.
Mais il lui coupa la parole.
—Je vous entends, madame, reprit-il. Vous vous demandez comment M. de Trégars a pu voir mademoiselle votre fille, la connaître, la juger, sans que vous ayez jamais rien vu ni su.... Rien de si simple, et même, si j'ose le dire... hum!... de si naturel. Marius dissimulait, le pauvre garçon, bien contre son gré, je vous le jure, et uniquement parce qu'il lui était interdit, sous peine d'être soupçonné de cupidité, d'aspirer, lui qui n'avait rien, à la main d'une jeune fille dont le père passait pour très-riche. Quel part prendre? S'adresser directement à Mlle Gilberte.
C'est ce qu'il a fait. Et Mlle Gilberte ayant compris qu'il était, qu'il est digne d'elle, ils se sont entendus. Ce n'était pas, je le sais, parfaitement... hum!... régulier, mais on est jeune, on s'aime et quand on ne peut pas faire autrement, on ruse. Les vues de Marius étaient d'ailleurs parfaitement honorables, et la preuve, c'est que moi, dans ma position, à mon âge, avec ma barbe blanche, j'ai consenti à devenir son complice, et à lui servir... broum!... de compère, lorsque pour la première fois, sur la Place-Royale, il a déclaré ses intentions... à Mlle Gilberte.
Si jamais le comte de Villegré avait donné à Marius une preuve d'amitié, c'était certes en cette occasion.
Il était à la torture, il suait, sous son habit noir de cérémonie, il peinait, il soufflait....
Mais il s'embarrassait dans ses phrases, il multipliait d'une façon inquiétante ses hum! et ses broum! ses explications n'expliquaient rien, Mlle Gilberte eut pitié de lui.
Prenant la parole, simplement et brièvement, elle raconta son histoire et celle de Marius.
Elle dit le serment qu'ils avaient échangé, comment ils s'étaient vus deux fois, rue des Minimes et boulevard Beaumarchais, comment, enfin, ils avaient toujours eu des nouvelles l'un de l'autre, par le très-innocent et très-inconscient signor Gismondo Pulci.