—Vous allez, lui avait-il dit, annoncer à vos maîtres, monsieur que voici, qui est le comte de Villegré. Vous ne leur parlerez pas de moi qui resterai à l'attendre dans la salle à manger....
Cet arrangement n'avait pas paru des plus naturels à cette fille, mais la maison, depuis deux jours, était le théâtre d'événements si extraordinaires, qu'elle en était toute ahurie, et dans des dispositions à s'attendre à tout.
Puis, Marius lui parlait de ce ton qui n'admet pas de réplique.
Et enfin, elle reconnaissait en lui le monsieur qui déjà était venu dans la matinée, et qui avait eu, en présence de Mlle Gilberte, une si violente altercation avec M. Costeclar. Car elle connaissait vaguement la scène. Son attention ayant été éveillée par de grands éclats de voix, elle n'avait pas été sans aller appliquer alternativement l'œil et l'oreille à la serrure du salon.
Ce qui n'empêche qu'en annonçant le comte de Villegré, elle avait essayé, des yeux et du geste, de prévenir Mlle Gilberte ou Maxence. Ils étaient trop bouleversés pour rien voir.
—Alors, tant pis! s'était-elle dit avec cette admirable insouciance des serviteurs parisiens....
Et comme de la journée elle n'avait eu une minute pour «faire son ménage,» elle s'était mise à la besogne, laissant Marius de Trégars seul dans la salle à manger.
Il s'était assis, impassible en apparence, réellement agité de cette trépidation intérieure de l'incertitude, dont ne peuvent se défendre les hommes les plus forts, aux heures décisives de leur vie.
Jusqu'à un certain point, c'était son avenir qui se décidait de l'autre côté de cette porte qui venait de se refermer sur M. de Villegré.
Aux intérêts si chers de son amour, d'autres intérêts étaient liés qui exigeaient un succès immédiat.