Tous les doutes qui l'assiégeaient au moment où le sommeil s'était emparé de lui, se représentaient à son esprit avec une douloureuse vivacité.
—Et non-seulement j'ai dormi, reprit-il, mais j'ai rêvé.
La jeune fille arrêta sur lui ses grands yeux noirs, et gravement:
—Pouvez-vous me dire votre rêve? interrogea-t-elle.
Il hésita. S'il eût eu une minute seulement de réflexion, peut-être n'eût-il pas parlé.
Mais il était pris à l'improviste.
—J'ai rêvé, répondit-il, que nous étions amis, dans l'acception la plus pure et la plus noble de ce mot. Intelligence, cœur, volonté, ce que je suis et ce que je puis, je mettais tout à vos pieds. Vous acceptiez le dévouement le plus entier qui fût jamais, le plus respectueux et le plus tendre. Oui, nous étions bien amis, et sur une espérance à peine entrevue, et jamais exprimée, je bâtissais tout un avenir de bonheur....
Il s'arrêta.
—Eh bien? interrogea-t-elle.
—Eh bien! au moment où je croyais toucher à la réalisation de mes espérances, il arrivait que tout à coup le mystère de votre naissance vous était révélé.... Vous retrouviez une famille, noble, puissante, riche.... Vous qui n'avez pas de nom, vous repreniez le nom illustre qu'on vous avait volé.... Vos ennemis étaient écrasés, et tous vos droits vous étaient rendus.... Ce n'était plus le huit ressorts de chez Brion qui s'arrêtait devant la porte de l'Hôtel des Folies, mais une voiture largement armoriée.... Cette voiture, timbrée à vos armes, était la vôtre, et elle vous attendait pour vous conduire à votre hôtel du faubourg Saint-Germain ou à votre château patrimonial.... Vous y preniez place....