—C'est le conseil d'un homme qui mieux que vous connaît la vie. Pauvre jeune homme!... Vous ignorez le péril de certaines luttes. Tous les gredins se tiennent et se soutiennent. En attaquer un, c'est les attaquer tous. Vous ne pouvez soupçonner les influences occultes dont disposent les hommes qui manient des millions, et qui, en échange d'une complaisance, ont toujours un pot-de-vin à offrir ou une bonne opération à proposer. Si du moins je vous voyais une chance de succès! Mais vous n'en avez pas une. Jamais vous n'arriverez jusqu'à M. de Thaller, désormais soutenu par ses actionnaires. Vous ne réussirez qu'à vous faire un ennemi puissant, dont la rancune pèsera sur votre vie entière....
—Que m'importe!...
M. Chapelain haussa les épaules.
—Si vous étiez seul, reprit-il, je dirais comme vous: qu'importe! Mais vous n'êtes plus seul, vous allez avoir à votre charge votre mère et votre sœur. Il faut songer à manger, avant de penser à se venger. Combien gagnez-vous par mois? Deux cents francs. C'est peu, pour trois personnes. Certes, je ne vous engagerai jamais à solliciter la protection de M. de Thaller, mais il ne serait, peut-être, pas inutile de lui faire savoir qu'il n'a rien à craindre de vous.
Pourquoi ne le lui donneriez-vous pas à entendre, en lui reportant les quinze mille francs que vous avez à lui. Si, comme il y a tout lieu de le croire, il est le complice de votre père, il sera certainement ému de la détresse de votre famille, et s'il lui reste un peu de cœur, il s'arrangera de façon à vous faire obtenir, sans paraître s'en mêler, une situation plus en rapport avec vos besoins. Je ne me dissimule pas ce que cette démarche peut avoir de pénible, mais je vous le répète, mon cher enfant, vous n'avez plus à penser qu'à vous seul, et ce qu'à aucun prix on ne ferait pour soi, on le fait pour une mère et pour une sœur....
Maxence se taisait.
Non qu'il fût, en aucune façon, touché des considérations que lui soumettait l'ancien avoué, mais parce qu'il se demandait s'il devait lui confier les événements qui s'étaient succédé depuis vingt-quatre heures et qui avaient si brusquement modifié la situation.
Il ne s'y crut pas autorisé.
Marius de Trégars n'avait pas demandé le secret, mais une indiscrétion pouvait avoir de funestes conséquences.
Et après un moment de réflexion: