En apparence leur existence n'en fut pas modifiée.

Chaque matin, comme par le passé, dès sept heures, Mlle Lucienne se rendait chez M. Van-Klopen, et une heure plus tard, Maxence partait pour son bureau.

Le soir, ils se retrouvaient, et comme l'hiver était venu, ils passaient leur soirée sous la même lampe, au coin du feu.

Mais ce qu'il était aisé de prévoir arriva.

Nature indécise et faible, Maxence ne tarda pas à subir l'influence du caractère énergique et obstiné de la jeune fille. Elle lui infusa, en quelque sorte dans les veines, un sang plus généreux et plus chaud. Petit à petit, elle le pénétra de ses idées, et de sa volonté lui en fit une.

Il lui avait dit, en toute sincérité, son histoire, les misères de la maison paternelle, les rigueurs exagérées et la parcimonie de M. Favoral, la timidité soumise de sa mère, le caractère déterminé de Mlle Gilberte.

Il ne lui avait rien dissimulé de son passé, de ses erreurs ni de ses folies, s'accusant même de celles de ses actions dont le souvenir lui était le plus pénible, comme d'avoir, par exemple, abusé de l'affection de sa mère et de sa sœur, pour leur extorquer tout l'argent qu'elles gagnaient.

Il lui avait avoué, enfin, qu'il ne travaillait qu'à son corps défendant, contraint et forcé par la nécessité, qu'il n'était rien moins que riche, que, bien qu'il prît son repas du soir chez ses parents, ses appointements lui suffisaient à peine, et que même il avait des dettes.

Mais il espérait bien, ajoutait-il, qu'il n'en serait pas toujours ainsi, qu'il verrait le terme de tant de misères et de privations.

—Mon père a, pour le moins, cinquante mille livres de rentes, disait-il, tôt ou tard je serai riche.