Les longues histoires n’y sont pas précisément goûtées, on les redoute; et l’officier conteur a tout le mal imaginable à se constituer un petit auditoire.
Depuis longtemps les fanfaronnades n’ont plus cours, et un certain capitaine Vantard, qui arriva, il y a cinq mois environ, au 13e, voyant combien peu il avait de succès, eut le bon esprit de discontinuer les récits du ses aventures et exploits.
Un mot avait suffi pour éteindre sa verve si brillante:
—Oui, s’écriait-il un jour, en guise de péroraison, je puis me vanter d’avoir traversé l’Europe l’épée à la main.
—Tudieu! exclama un lieutenant, vous deviez avoir le bras furieusement las.
Quand il pleut, que l’ennui est trop féroce, que tout est épuisé, on fait des réussites, mot honnête pour dire qu’on se tire les cartes.
Mais les flâneurs obstinés restent seuls au café ces jours-là, les autres se résignent à courir à leurs affaires ou à leurs plaisirs.
Voici un capitaine qui tourne des échiquiers; celui-ci fait de la tapisserie: ils sont mariés. L’un bûche la théorie, l’autre dessine, pour lui et les autres, des plans de reconnaissance:—deux piocheurs.
Ce lieutenant ne vise rien moins qu’à faire changer l’uniforme de la cavalerie; il dessine et colorie des costumes qu’il expédie régulièrement au ministère de la guerre.
Il y a encore l’officier permuteur et le sous-lieutenant romanesque. Ouvrez le Moniteur de l’armée, et vous verrez le nom du premier: