Tous les chefs mangent ensemble avec les adjudants, ils ont la main sur les autres sous-officiers.
De tout temps le fourrier a été le sous-off le plus ficelé du régiment. Il fait fine taille et fantaisie, porte des bottes fines et des pantalons d’une largeur exagérée. Le maître tailleur, qui est bien avec lui, confectionne à son intention des dolmans dont la poitrine est rembourrée outre mesure, ce qui est à la fois élégance et importance.
—Il n’est pas surprenant, disent les autres maréchaux des logis, que le fourrier soit si bien mis, il se fait un fourbi incroyable.
Le comptable, en effet, a la réputation d’être pillard;—c’est celle de tous les gens qui alignent des chiffres petits ou gros. Il gratte, assure-t-on, sur les ressemelages et les réparations, et a la spécialité de faire sauter des rations de pain.
Le fourrier est le Lovelace du régiment. Le 13e s’enorgueillit, à juste titre, de quatre beaux fourriers.
Outre ses conquêtes extérieures, il fait une cour assidue à la demoiselle du café des sous-officiers, dite la grande cafetière. Cette plaisanterie est de tradition.
Chaque soir il cause avec elle une demi-heure au moins en faisant marquer ses consommations, et dans la journée, pendant que les autres sont occupés au pansage, il trouve encore le moyen de venir faire avec elle un petit bout de causette.
Les bouquets de violettes et les poulets brûlants rentrent dans ses attributions; encore ne s’en tient-il pas toujours à la vile prose. Il versifie et compose des romances auxquelles le chef de musique daigne adapter des airs.
C’est à un brigadier-fourrier que le régiment doit la fameuse chanson du 13e, chantée un soir de gala, à la table même du colonel.
Le sabre au flanc, traînant la sabretache,
Leste et fringant, le regard séducteur,
C’est le Hussard. Aux crocs de sa moustache
De la beauté toujours s’est pris le cœur.
Sonne l’appel, pour l’amour, pour la gloire,
Il ne connaît ni périls, ni hasards.
Faut-il se battre, aimer, ou faut-il boire,
A nous l’pompon, au treizième hussards!