«Ma bonne madame Bajot,
«Je suis au clou pour quatre jours; je n’ai pas le sou et pas une miette de tabac pour bourrer ma pipe. Je vous en prie, faites-moi passer six sous de tabac et un quart d’eau-de-vie, car j’ai bien soif, par mon camarade, dans une petite bouteille, à cause du brigadier; vous me sauverez la vie, et je vous payerai au prochain prêt; qu’il soit bien sec et de la meilleure.
«Soyez sûre de ma reconnaissance éternelle,
«Brulard,
«Du 3e escadron, 1er peloton.»
L’excellente femme frémit en songeant aux privations du prisonnier; elle envoie le tabac et l’eau-de-vie.
Puis, qu’un troupier soit malade, blessé, pas assez néanmoins pour aller à l’hospice militaire, elle le soigne, le panse, et de sa main qui verse le schnick, elle prépare de la tisane qu’elle ne fera jamais payer.
La cantinière est-elle laide, personne n’y trouve à redire; c’est son droit, on ne s’en aperçoit pas, et ce cas n’est signalé que dans une chanson du premier Empire, que quelques régiments chantent encore; en voici un couplet:
Quand nous irons à la guerre,
Nous la mettrons en avant.
Les ennemis, en voyant,
En voyant la cantinière
En avant,
Prendront la fuite en tremblant,
En voyant notre cantinière
En avant.
Si la cantinière est jolie, c’est une autre histoire: elle fait des ravages dans le régiment, et tous les jeunes conscrits tombent subitement épris de ses charmes vainqueurs. Les plus audacieux se déclarent, les autres riment à la sourdine des épîtres brûlantes sur un air connu.
Une entre trois ou quatre cents: