J’aime la cantine et la cantinière,
Moi j’y resterais du matin au soir
A la regarder, à vider mon verre...
Son vin est mauvais, mais son œil est noir.
Ah! si du sergent j’avais la sardine!
Si son vieil époux avait fait le saut!
Nom de bleu! bien vrai, je prendrais d’assaut
La cantinière et la cantine.
J’aime la cantine et la cantinière,
L’odeur du fricot s’y sent dès le seuil,
Je lui fais de l’œil; elle, à sa manière,
Quand j’ai pas le sou, me rend œil pour œil.
Ah! si c’était pas de la discipline!
Que son époux est caporal tambour...
Morbleu! je voudrais tenir à mon tour
La cantinière et la cantine.
Axiome d’un vieux troupier: La bonté du vin est en raison inverse de la beauté de la cantinière.
La cantinière a pour suivre les troupes une petite charrette, attelée d’un ou deux chevaux; c’est dans cet équipage que, lors des manœuvres, elle se rend sur le terrain. Pendant le repos, elle débite aux officiers et aux soldats son tabac et ses liqueurs.
En campagne, elle se dévoue pour son régiment; plus d’une fois, au fort de la bataille, on l’a vue aller de rang en rang porter la goutte aux soldats, et braver la mitraille pour aller donner un peu d’eau aux blessés. Elle ne compte pas, ces jours-là, elle ne vend pas, elle donne.
Plusieurs cantinières ont été décorées, et les exploits de l’une d’elles ont fait le tour de l’Europe. On en a fait un drame qui résume toutes les qualités de la mère du soldat, sous ce titre: la Vivandière de la Grande Armée.
LE PERRUQUIER DE L’ESCADRON
C’est sur la joue de ses frères d’armes, presque toujours, qu’il a fait son apprentissage: rude apprentissage pour les joues! Dieu vous garde de tomber jamais sous son pinceau et d’éprouver la légèreté de sa main! Il était autrefois, avant d’entrer au service, charpentier, mécanicien ou tailleur de pierre; sa tenue et sa bonne conduite lui ont valu le poste important de barbier, et depuis, avec plus de conscience que de bonheur, il manie tour à tour les ciseaux et le rasoir.
Ce poste de barbier est un des plus enviés du régiment, et celui qui l’occupe n’en est pas médiocrement fier. Tout d’abord, il a droit, chaque mois, à une rétribution provenant d’une légère retenue faite à chaque soldat; il jouit ensuite de la permission permanente de dix heures; enfin, il est exempt de toutes les corvées et d’un grand nombre d’exercices. Et cependant cet emploi n’est pas une sinécure.