Il court dans l’armée une foule de légendes dont les barbiers sont les héros; c’est d’abord l’histoire du barbier Plumepate, qui appartenait à un régiment de cavalerie.
Ce barbier, fort habile d’ailleurs, avait un caractère des plus vindicatifs. Puni un jour très-sévèrement par son capitaine, il jura de se venger, et annonça tout haut qu’il tuerait celui qui l’avait puni.
Les menaces du barbier arrivèrent aux oreilles du capitaine: il demanda aussitôt Plumepate.
—Tu as juré, lui dit-il, que tu me tuerais: c’est de la forfanterie de ta part, tu n’oserais jamais; tiens, je vais te faire la partie belle, prépare tes instruments, et rase-moi.
Le terrible Plumepate fut complètement déconcerté; il se mit à l’œuvre, mais il n’osa exécuter ses menaces. Jamais, au contraire, il n’avait fait une barbe aussi nette.
Une autre fois, on était en campagne; le barbier d’un régiment de ligne fut appelé pour raser le général en chef. Je laisse à penser si la main du pauvre diable tremblait! elle tremblait tant et si bien, que le général, l’opération terminée, avait la figure en sang. L’infortuné barbier, épouvanté de ce qu’il venait de faire, tremblait de tous ses membres et s’excusait de son mieux.
—Tiens, lui dit le général, voici un louis! Si ta main n’avait pas tremblé en rasant ton général, tu ne serais pas un vrai troupier.
En campagne, le barbier redevient soldat comme les autres; les troupiers, noircis par la poudre, négligent fort leur barbe et leurs cheveux:
«—Lorsqu’on trouve de l’eau en Afrique, on la boit, et on ne s’amuse pas à y faire dissoudre du savon.»
Il advient cependant quelquefois que le barbier d’un régiment est un barbier véritable, qui connaît son état et qui l’exerça avec honneur avant d’être soldat. Alors l’escadron est dans la jubilation, les troupiers se font raser avec bonheur par cet homme rare, qui ne fait jamais d’entailles; dont le rasoir, toujours affilé, se sent à peine. Les plus coquets, moyennant une légère rétribution, se font coiffer et pommader par lui.