Son embarras était au comble, lorsque heureusement arriva son camarade de lit, qui s’empressa de présider à sa toilette.

—Mais à quoi diable cela peut-il servir? demandait Gédéon à chaque nouvel ornement dont se surchargeait sa tenue.

Et invariablement le camarade de lit répondait:

—A rien.

A rien, si ce n’est à gêner prodigieusement le hussard, et aussi à donner à sa tenue cette pompe un peu théâtrale qui saisit l’œil.

Il est convenu que la cavalerie française doit être brillante, et le 13e hussards est le plus brillant des régiments.

Presque tous les accessoires, d’ailleurs, aujourd’hui parfaitement inutiles, ont eu jadis leur raison d’être; seul le temps les a détournés de leur objet primitif.

Ainsi la fourragère d’or, dont le but avoué est de retenir le schako, fut autrefois une simple corde à fourrage; la ceinture de soie, qui fait huit fois le tour de la taille, a dû être une grossière courroie; la sabretache enfin n’est qu’une réminiscence—très-revue et très-augmentée—de l’aumônière de peau de daim que portaient au côté les hussards hongrois de Louis XIV.

Au 13e, la sabretache sert à renfermer la pipe, le tabac et le mouchoir de poche du cavalier. Le brigadier y met son calepin, et le fourrier les billets doux de sa maîtresse. A la rigueur, elle pourrait encore servir de porte-monnaie. C’est sans doute pour lui conserver ces importantes destinations que les pantalons des hussards n’ont pas de poches.

Il faut, par exemple, convenir que cet incommode portefeuille de cuir, qui bat disgracieusement les mollets des troupiers, leur donne une déplorable démarche. Au bout de deux ans de service, ils prennent l’habitude, même lorsqu’ils sont privés de cet ornement, de traîner la jambe comme des tambours, lesquels la traînent comme ces infortunés auxquels la justice humaine attache par précaution un boulet au pied.