Gédéon ne put s’empêcher de faire ces diverses remarques, mais à la dernière on lui répondit que les hussards du 13e ne vont à pied qu’accidentellement.

Quant à la ceinture—qui fait huit fois le tour du corps, et qu’il est à peu près impossible de mettre seul,—on lui apprit qu’elle tient le ventre très-chaud, ce qui est on ne peut pas plus hygiénique.

—Voilà qui est enfin terminé, dit à Gédéon son camarade de lit, en lui bouclant le ceinturon de son sabre. Êtes-vous à votre aise?

—Mais oui, répondit Gédéon.

En réalité, le malheureux se sentait plus serré qu’une momie sous ses bandelettes; son dolman l’étranglait, sa ceinture l’étouffait, ses bottes le meurtrissaient, son sabre et sa sabretache le gênaient au possible; il eût repris avec transport le costume dédaigné des bourgeois.

L’amour-propre le retint. Puis il sentit la nécessité de s’habituer; enfin, il avait invité son camarade de lit La Pinte à venir dîner en ville: reculer était impossible. Il partit en essayant, sans y réussir, de se donner la démarche crâne et gracieusement déhanchée d’un vieux troupier.

Par malheur, il avait tout à fait oublié les éperons vissés à ses bottes; si bien qu’à peine engagé dans l’escalier, il accrocha une marche, perdit pied, et décrivant un magnifique arc de cercle, faillit faire un plongeon à l’étage inférieur.

Comme il se relevait passablement meurtri:

—Ceci, camarade, lui dit La Pinte, est comme qui dirait une théorie préparatoire pour t’apprendre une autre fois à conserver tes distances. L’éperon est le signe distinctif du cavalier, c’est pourquoi qu’il se porte au talon. Il sert à piquer les flancs du poulet-dinde, comme aussi à faire dégringoler les bleus dans les escaliers.

XIX