—Tourne! cria le brigadier, s’adressant aux chevaux, tourne!
—Brigadier, dit Gédéon, en entendant tous les autres cavaliers pousser le même cri, pourquoi dit-on aux chevaux de tourner?
—Que c’est rapport à l’usage, dit le brigadier, que jamais un cavalier ne doit s’approcher de son cheval sans lui adresser la parole.
—Vu que c’est un commandement préparatoire, pour l’inviter à ne pas ruer si on vient à le toucher.
Tout en apprenant à se servir des instruments contenus dans la musette de pansage, étrille, brosse, époussette, bouchon, peigne et éponge, Gédéon crut s’apercevoir que l’animal sur lequel il s’exerçait recevait ses soins avec un visible déplaisir: à son grand effroi, il s’agitait terriblement dans sa stalle, ruait, bondissait, secouait sa chaîne.
—Mais il est très-méchant, ce cheval! ne put-il s’empêcher de dire.
—Qu’il est seulement un peu chatouilleux, répondit le brigadier; je vous l’ai choisi ainsi, histoire de vous habituer.
Cette excellente plaisanterie est traditionnelle au 13e. Gédéon dut en prendre son parti.
Pendant le pansage, qui semblait plus long que de raison au nouveau cavalier, un hussard allait et venait dans l’écurie, expurgeant soigneusement la litière—avec ses mains.