—Voilà un gaillard furieusement malpropre, dit Gédéon; pourquoi ne se sert-il pas de cette pelle que je vois dans un coin?
Le brigadier haussa les épaules et apprit à Gédéon trois choses.
Que l’homme en question n’était pas plus sale que lui-même ne le serait dans huit jours; qu’il est plus facile et plus prompt d’employer les mains, qu’ainsi on ne se sert jamais de pelle; enfin que rien de ce qui regarde le cheval ne doit être considéré comme malpropre.
XXII
Le pansage terminé, et il n’avait pas duré moins d’une heure, Gédéon croyait bien en être quitte pour toute la journée; on le détrompa en lui apprenant qu’il y avait une seconde séance dans l’après-midi.
Au 13e, on ne consacre pas moins de trois heures par jour à la toilette du poulet-dinde, une heure et demie le matin, et une heure et demie le soir.
Cinq minutes de moins, et la chère santé des coûteux animaux serait, paraît-il, sérieusement compromise, aussi un capitaine adjudant-major, qui s’avisait quelquefois d’abréger un peu le temps consacré au pansage, fut-il vertement tancé par le colonel.
Pour la première fois, ce jour-là, Gédéon, à l’appel du pansage, vint prendre sa place dans les rangs du premier escadron.
Pour la première fois, il avait la tenue de rigueur pour l’écurie: pantalon de toile, veste, calotte. Aux pieds, il avait comme les autres des sabots, sous le bras un bouchon de paille, artistement fabriqué par son camarade de lit; enfin, accrochée sur l’épaule, la musette de pansage.—Le maréchal des logis chef fit l’appel nominal.
Un capitaine, un lieutenant et un maréchal des logis passèrent alors successivement devant le front de l’escadron, s’arrêtant devant chaque homme. A portée de leur voix se tenait le brigadier de semaine, son carnet à la main, prêt à inscrire les punitions.