—Regardez, dit-il à Gédéon. Comment trouvez-vous ma blessure?

C’était à n’y pas croire. La jambe s’était tuméfiée et avait pris, à l’endroit attaqué, des tons violacés et noirs effrayants de vérité. On eût dit une contusion des plus dangereuses.

—Et voilà!... s’écria avec orgueil le faux malade. A moi le pompon pour le coup de pied artificiel! Enfoncé le docteur Ipéca!

—C’est merveilleux! murmura Gédéon abasourdi.

Chacun alors de montrer sa merveille à un bleu si naïf, que l’art de tirer une carotte de longueur lui était encore inconnu.

L’un était propriétaire d’une jolie entorse numéro un, fabriquée avec une forte bande de toile et de la ficelle un peu mince. L’autre, au moyen d’une solide ligature un peu au-dessous de l’épaule, trouvait le moyen, tous les matins, de se donner une fièvre de cheval. Le troisième, profitant de sa mine pâle et allongée, crachait un peu de sang à l’heure de la visite.

Enfin il y en avait un qui avait réussi à se rendre malade pour tout de bon en s’amusant à avaler du tabac.

—C’est très-joli, dit Gédéon, mais le chirurgien-major ne s’aperçoit donc de rien?

—Il ne pince que les imbéciles!

—Quand une mèche est éventée, on sait trouver autre chose.