—Nous sommes plus malins que lui.
Je le dis à regret, mais au 13e hussards il y a une foule de malins de ce genre, tristes troupiers dont le rêve est de battre leur flemme, c’est-à-dire de ne rien faire.
Ils ont élevé la carotte à la hauteur d’une institution.
Ils glissent comme des anguilles entre les mains des brigadiers de semaine. On est sûr de ne jamais les trouver quand on en a besoin. On les appelle, ils fuient, ils se la cavalent. Ils coupent à toutes les corvées. En un mot, ils passent leur vie à éviter tout service, autrement dit, à tirer au grenadier.
Leur grande ressource, lorsqu’ils sont traqués, est la maladie. Qu’y faire? Les hussards le savent si bien qu’ils ont appelé la sonnerie qui chaque matin annonce la visite du docteur, la sonnerie des carottiers.
La carotte, au 13e, a ses victimes et ses héros. Celui-ci, en cinq ans, a réussi à ne faire que dix-neuf demi-journées de service; cet autre, depuis trois ans, a été promené d’eaux en eaux pour un mal qu’il n’eut jamais.
Enfin on en cite trois morts de maladies qu’ils n’avaient pas.
—Fort bien! dit Gédéon en s’endormant; il paraît que je suis ici dans une succursale de la Cour des miracles.
XXXIX
Comme Gédéon sortait guéri de l’infirmerie, son marchef le fit appeler et lui remit deux lettres qui lui étaient adressées.