A plusieurs de ces gens, je demandai où ils allaient et ce qu’ils comptaient faire, ils me répondirent qu’ils n’en savaient rien; mais qu’il fallait amener à la raison, M. et madame Véto,—on appelait ainsi le roi et la reine,—dont la mauvaise volonté perdait la nation.

Jusqu’à quatre heures, je demeurai parmi la foule, et je fus entraîné par le courant lorsqu’on brisa, faute d’issues, les grilles du Carrousel, mais je ne pénétrai pas dans les Tuileries. Quand je vis braquer les canons contre les portes du château, j’eus peur, je vous l’avoue, et je me sauvai.

Mon père était sombre, quand il rentra le soir.

—Tout va mal! nous dit-il. Que font nos armées? Rien. Et cependant l’ennemi est aux frontières!... Il est vrai qu’il y a sans doute des Français indignes de ce nom qui l’appellent de tous leurs vœux... Ah! malheur aux scélérats qui pactiseraient avec l’étranger!...

Mon père, qui était pourtant un homme humain et honnête, disait cela d’une telle voix et avec de si terribles regards, que je frémis.

C’est que je ne vous ai pas dit encore que depuis le mois d’avril précédent les hostilités étaient commencées entre la France et l’Autriche.

Et, certes, on ne saurait imaginer une guerre entreprise sous des auspices plus désastreux.

La campagne était à peine ouverte, que déjà l’indiscipline de notre armée était à son comble.

Luckner, La Fayette, Rochambeau, nos généraux n’avaient pas la confiance de leurs soldats, on refusait de leur obéir.

Travaillées de sinistres soupçons, nos troupes voyaient la trahison partout, devant et derrière eux. Deux régiments s’étaient repliés sans tirer un coup de feu, en criant: Nous sommes trahis.