De tels débuts devaient emplir l’ennemi de confiance. Le mal était immense, et cependant on ne semblait pas s’occuper d’y porter remède. Et dans Paris on disait que ce n’était pas le succès de nos armes que souhaitaient le roi et la reine, M. et madame Véto.
Voilà où en était l’opinion, quand le bruit se répandait que la Prusse, rompant sa neutralité, s’ébranlait pour marcher contre nous.
Ce fut mon père qui nous apporta cette nouvelle, en sortant d’un club où on avait lu une lettre apportée de Coblentz, quartier général de l’armée prussienne.
Ma mère parut consternée.
—Est-ce bien possible, s’écria-t-elle. Quelle raison auraient ces gens de nous faire la guerre?
—Aucune.
—Alors... pourquoi viendraient-ils?
—Pourquoi! parce qu’ils savent notre frontière dégarnie, parce qu’ils croient que le dur enfantement de notre liberté nous met à leur merci... Parce que la Prusse est une nation de proie et qu’elle espère tirer quelque chose de nous: une forteresse, une ville, une province peut-être!...
Durant quelques jours, on douta, on voulut douter de cette nouvelle. On avait tant besoin qu’elle ne fût pas vraie!
D’un autre côté, beaucoup de gens plus honnêtes que clairvoyants, pensaient que les Prussiens hésiteraient ou même seraient arrêtés par l’impossibilité de justifier leur agression.