L’anxiété n’en allait pas moins grandissant.

Il me semblait sentir Paris bouillonner et frémir comme une chaudière immense dont la vapeur cherche une issue.

C’est à peine, désormais, si je voyais mon père. Il prenait ses repas dehors, ou bien j’étais couché quand il rentrait. Puis c’étaient des patriotes qui venaient le voir. Ils s’enfermaient dans l’arrière boutique pour tenir conseil, et si je prêtais l’oreille, je les entendais répéter d’un ton de fureur concentrée:

—Il faut aviser au moyen de nous sauver nous-mêmes, car le roi et la reine s’entendent avec l’étranger pour nous livrer.

C’était là ce que j’entendais dire partout...

Or, j’en étais venu insensiblement à passer mes journées dehors. Mon vieux professeur avait suspendu ses leçons, ma mère ne me demandait plus compte de mes sorties, j’avais tout mon temps à moi, j’étais mon maître, j’en profitais insoucieusement comme un enfant que j’étais.

Je m’en allais au hasard par la ville, me mêlant aux groupes, suivant les manifestations qui se succédaient à propos de tout et à propos de rien, écoutant, interrogeant, glanant les on-dit.

Mais c’est au Palais-Royal que je finissais toujours par revenir.

Là, sous ces mêmes arbres dont les feuilles, arrachées par Camille Desmoulins, avaient été le premier signe de ralliement de la Révolution, là se pressait, autour des nouvellistes et des politiques en plein vent, une foule haletante de curiosité.

Alors, mes amis, nous n’avions ni les chemins de fer, ni le télégraphe. Alors les dépêches étaient apportées à franc étrier, et il fallait bien des jours et bien des relais à un courrier pour venir de la frontière.