—C’est qu’il est plein de bon sens, ce patriote de Landrecies, disait-il à mon père, pendant que nous rentrions chez nous. Oui, je comprends très bien son idée. On empoigne son fusil et son bissac, c’est simple comme bonjour... Et les canons des Prussiens ne leur serviraient pas de grand chose...
Il ne fut pas besoin, Dieu merci, de recourir à ce moyen suprême d’un peuple menacé dans son indépendance et à bout de ressources, mais je me suis demandé parfois si la lettre du citoyen Varot n’avait pas inspiré ces francs-tireurs, ces enfants perdus, ces compagnies infernales, qui plus tard, contre ces mêmes Prussiens, défendirent avec une admirable intrépidité les passages des Vosges.
Et chaque jour, mes amis, voyait éclore quelque plan de ce genre, tandis que d’autre part, des exemples d’héroïque dévouement à la patrie étaient donnés, tels que l’antiquité n’en offre pas de plus magnifiques.
Jamais je n’oublierai une lettre du citoyen Lanthoine qui arracha à Paris et à la France entière, un cri d’admiration.
Ce citoyen, fort riche, et qui menait une de ces heureuses existences où trop souvent se détrempent les caractères, écrivait à un journal:
«Citoyen rédacteur,
»Trois de mes amis et moi avons recruté, équipé, armé et monté à nos frais un escadron de cinq cents cavaliers qui nous ont élu leurs chefs.
»Nous partons aujourd’hui pour la frontière où nous nous mettrons aux ordres du général en chef; et tant que durera la campagne, nous vivrons à nos frais.
»Comme évidemment dès la première rencontre notre nombre sera diminué, nous faisons appel aux citoyens de bonne volonté pour combler les vides.
»Pour être admis à remplacer les morts, il suffit d’être robuste, bon cavalier, et de savoir manier un sabre... Il faut aussi prêter un serment ainsi conçu: Je jure de ne rentrer dans mes foyers qu’après que la patrie aura purgé son territoire des ennemis qui le souillent... Si la fortune trahissait nos armes, plutôt que de survivre à l’asservissement de la France, je me donnerais la mort de ma propre main!...»