Voilà, mes amis, ce qu’était notre enthousiasme quand, le 20 juillet 1792, le bruit se répandit que les Prussiens, décidément, avançaient en une seule colonne interminable, marchant droit devant eux comme ces terribles fourmis rouges qui détruisent tout sur leur passage...

On ajoutait que leur général en chef, le duc de Brunswick venait d’adresser un manifeste aux Français.

Comme c’était notre voisin Laloi qui, d’une mine consternée et mystérieusement était venu conter cela à mon père, nous crûmes à une de ces fausses nouvelles qu’il avait tant de plaisir à propager.

Nous y crûmes d’autant mieux, que les détails qu’il nous donnait passaient si bien toute croyance, que mon père lui tourna le dos en lui disant:

—Tenez, Laloi, une fois pour toutes, fichez-moi la paix... Vous mériteriez vous et les gens qui débitent des sornettes pareilles, qu’on vous fessât au coin des rues.

Et cependant, pour cette fois, notre voisin avait raison.

Etant sorti, je ne tardai pas à me procurer un de ces manifestes, que des gens sortis on ne sait d’où, et payés par on ne sait qui, distribuaient à profusion...

Il y était dit que Sa Majesté le roi de Prusse, «bien loin de convoiter nos provinces et de prétendre s’enrichir par des conquêtes, n’avait en vue, en faisant la guerre à la France, que le bonheur des Français...»

Il y était dit que si l’armée prussienne envahissait la France, c’était pour y rétablir l’ordre et un gouvernement à sa guise...

»Que jusqu’à l’arrivée de S. M. le roi de Prusse à Paris, les gardes nationales et les autorités étaient rendues responsables de tout désordre...