»Que les habitants qui OSERAIENT SE DÉFENDRE, seraient punis sur-le-champ comme rebelles, et que leurs maisons seraient démolies ou brûlées...»

Ah! tenez, après tantôt un siècle, au souvenir seul de ce manifeste d’une insolence stupide, je sens mon cœur se gonfler de colère...

Qu’il se soit trouvé un roi pour rédiger ce manifeste monstrueux et un général pour le signer, c’est ce qu’on a peine à comprendre.

N’importe! elle fut, cette proclamation, comme l’étincelle tombant sur un baril de poudre...

La France entière fut debout, brandissant ses armes, frémissant d’une rage désormais inapaisable... Quels hommes dégénérés, nous croyaient-ils donc ces barbares!... Ce fut, comme si chaque citoyen eut reçu un soufflet sur la joue...

Quoi! une nation oserait proposer à la France de rendre sa capitale sans combat!...

Des millions de voix répondirent:

—Notre capitale... Viens la prendre...

Et Vergniaud traduisit en un fier et magnifique langage notre pensée à tous, le jour où il s’écria:

«Faites retentir dans toutes les parties de l’Empire ces mots sublimes: Vivre libre ou mourir! que ces cris se fassent entendre jusqu’auprès des trônes coalisés contre vous; qu’on leur apprenne qu’on a compté en vain sur nos divisions intérieures; qu’alors que la patrie est en danger, nous ne sommes plus animés que d’une seule passion, celle de la sauver ou de mourir pour elle; qu’enfin, si la fortune trahissait dans les combats une cause aussi juste que la nôtre, nos ennemis pourraient bien insulter à nos cadavres, mais jamais ils n’auraient un seul Français dans leurs fers.»