Voilà, mes amis, sous l’empire de quelles excitations brûlantes je me rendis au district pour signer mon enrôlement.

Il est de ces dates qu’on n’oublie pas: c’était le 29 juillet 1792.

Fidèle à sa promesse, mon père m’accompagnait, et rien ne paraissait plus sur son mâle visage de sa première émotion.

Il avait été décidé, entre nous, que nous ne dirions rien à ma mère qu’au dernier moment, au moment où le sac au dos et le fusil sur l’épaule, je quitterais la maison paternelle.

Non qu’elle fût femme à essayer de me retenir... Trop noble était son âme pour ne pas s’élever à la hauteur des plus pénibles devoirs; mais nous voulions lui épargner les angoisses de l’attente et le douloureux effort de dissimuler ses larmes...

Il était neuf heures du matin lorsque nous arrivâmes à la maison commune.

Tout autour des groupes de patriotes s’entretenaient avec une grande animation, pendant que d’autres se crevaient les yeux à lire quantité de ces affiches qu’on placardait matin et soir, et où il était donné des nouvelles de l’armée, des départements et de l’Assemblée nationale.

Devant la porte, une douzaine de gardes nationaux entouraient deux de leurs camarades, qui, à cheval sur un banc jouaient aux cartes en fumant leur pipe.

Sur un grand écriteau accroché au mur, on lisait: Le bureau des enrôlements est à gauche, au fond de la cour.

Ayant suivi cette indication, nous arrivâmes à une salle immense, très haute de plafond, froide et nue comme une église pillée, où une trentaine d’hommes de tout âge attendaient leur tour d’inscription.