Tout au milieu, devant une table si petite que les registres des enrôlements la couvrait entièrement, un employé était assis.
Ah! ce n’était plus l’appareil imposant et théâtral du premier jour.
Rien de moins belliqueux que cet employé, petit homme à figure joufflue, le nez surmonté de lunettes, très soigné en sa mise mesquine, portant par dessus son habit vert clair des manches de serge noire.
Il me semble le voir encore, et je ris en pensant à l’air d’importance dont il inscrivait les volontaires qui se succédaient devant sa petite table. On eût dit qu’à chaque coup de plume il sauvait la patrie.
Nous étions beaucoup à l’attendre... il n’en allait pas plus vite, procédant posément et méthodiquement, selon la tradition bureaucratique.
Enfin, mon tour étant arrivé, il me toisa de la tête aux pieds, et d’un ton rogue:
—Votre nom, me demanda-t-il, votre domicile...
—Justin Coutanceau, demeurant rue Saint-Honoré.
—Quel âge avez-vous?
—Dix-sept ans et demi.