—Peste!... vous avez bien poussé, on vous en donnerait au moins vingt-deux...
Il m’adressa plusieurs autres questions, écrivant les réponses à mesure, et finalement il me tendit une plume en me disant de signer:
J’obéis, il me remit mon certificat d’inscription, et nous allions nous éloigner, quand une grosse voix joyeuse et de nous bien connue, dit derrière nous:
C’était Fougeroux.
Je ne lui avais rien dit, mais il me connaissait, le brave garçon, il avait surpris certains regards échangés entre mon père et moi, en présence de ma mère, et ayant deviné mes intentions, il nous avait épiés et suivis en cachette, se proposant de nous surprendre.
—Comment, tu veux t’enrôler, lui dit mon père.
—Tout juste, bourgeois. D’abord, moi, voyez-vous, l’idée qu’il y a des Prussiens chez nous, en France, qui veulent nous faire la loi, cela me rongeait... Quand j’ai compris que M. Justin allait partir, je n’y ai plus tenu, et me voilà... Nous partirons ensemble... C’est qu’il est bien jeune, voyez-vous, pour que nous le laissions aller là-bas tout seul, faire le coup de fusil, marcher des journées entières sous le soleil ou sous la pluie, dormir sur la terre mouillée sans rien dans le ventre, souvent... Mais je serai là.
Et s’adressant à l’employé:
—Allons, lui dit-il, inscrivez Pierre Fougeroux, âgé de trente-six ans, garçon boulanger...