Puis, quand il tint son certificat:

—Et maintenant, interrogea-t-il, quand filons nous..., quand nous équipe-t-on... où faut-il se présenter?

—On vous fera prévenir.

—Quand?

—Prochainement.

Je voyais bien que le vague de ces réponses ne convenait point à Fougeroux; sa grosse face devenait cramoisie, et il commençait à parler très haut et à s’en prendre à ce pauvre diable de scribe, lequel évidemment n’en pouvait mais, quand une porte au fond de la salle s’ouvrit et un homme entra à grands pas.

Il n’était guère que de taille moyenne; mais sa stature était herculéenne, ses épaules rondes étaient aussi larges que celles de Fougeroux, et le col de sa chemise déboutonné et sa cravate dénouée laissaient voir un cou énorme et la puissante musculature de sa poitrine velue.

Il était laid, mais d’une laideur étrange et saisissante... La petite vérole avait ravagé son visage et brouillé son teint, son nez était écrasé comme par un coup de poing... mais sa bouche avait une incroyable expression de mépris et d’audace, ses lèvres charnues semblaient faites pour laisser couler des flots de lave et ses yeux lançaient des éclairs.

Il nous avait entendu, car, s’adressant à Fougeroux:

—Qu’est-ce tu veux? lui dit-il d’un ton brusque, des habits de soldat? La patrie n’en a pas à donner à ses volontaires... Elle n’a même pas de souliers à leur mettre aux pieds, pas de pain pour les nourrir... Elle aura tout cela, le jour où les citoyens comprendront toute la signification de ce mot, notre unique salut: patriotisme.